Après cette dépensive escapade Nicholas n'avait qu'une envie, rentrer chez sa tante au calme et se poser pour réfléchir tranquillement. Mais sa tante avait déjà prévu toute autre chose pour son neveu préféré.
-Avant de rentrer j'aimerais qu'on passe voir M. Gonzalez tu sais je t'en ai déjà parlé.
-Pour quoi faire, tu sais j'aimerais bien me caler tranquille et réfléchir au calme.
-Ne t'inquiète pas, ça va être rapide tu as juste à signer quelques papiers et on s'en va.
Nicholas ne répondit pas, enfonça ses écouteurs, appuya sur "play" et observa autour de lui. Il emmagasinait toutes les choses auxquelles il n'était pas habitué. En écoutant "Right here, Right Now" de Fat Boy Slim toutes les informations rentraient dans sa tête par l'intermédiaire de ses larges Ray Ban. D'immenses écrans diffusaient des pubs et chaque carrefour ressemblait à celui de Time Square, dans son souvenir les voitures étaient plus grosses et les formes moins longilignes.
Sa tante avait l'air de connaitre parfaitement le quartier et enchainait les intersections avec habitude. Arrivée à hauteur d'un immense building de verre elle donna un coup de volant et s'engouffra dans un parking sous-terrain.
-C'est là, tu vas voir c'est un homme charmant.
Alignées dans cet immense parking sous-terrain, Nicholas se rendit compte que toutes les voitures se ressemblaient. De petites voitures aux formes originales et aux couleurs pastelles. Nicholas demanda la marque de ces voitures ce à quoi sa tante lui répondit que c'était une marque indienne qui avait mis sur le marché ces citadines fonctionnant à air comprimé. Nicholas trouva sa curiosité parasitée par l'attitude de sa tante bien étrange à son goût.
Dans l'ascenseur, Tante Elizabeth souriait nerveusement comme un gamin qui sait ce qui se trouve sous le sapin. Nicholas toujours plongé dans son iPod, regardait les informations. C'est donc un afro-américain qui est devenu Président de la République?, se demanda-t-il en silence. Sur son petit écran, un homme noir avec les joues creuses et les traits de l'âge commençant à se faire sentir descendait d'un énorme hélicoptère vert foncé et saluait on ne sait trop qui de la main tout en étalant un large sourire à qui voulait le réceptionner.
L'ascenseur s'ouvrit, Nicholas rangea son gadget dans sa poche et demanda à sa tante:
-On doit faire quoi précisément ?
-Je t'ai dit, quelques signatures et tu ne le regretteras pas. Ne soit pas si impatient, tu le sauras bien assez tôt.
Nicholas hésita à sortir de l'ascenseur en voyant l'immense couloir moquetté de tout son long. Les immenses portes en bois de chaque côté, les dorures, les peintures et tout le sérieux qui va avec ce genre de lieux lui rappela le cabinet de son pédopsychiatre. Sa Tante très pressée, le pris par le bras et se dirigea aussitôt vers l'une de ses portes. Une des dames à l'accueil les interpella:
-S'il vous plait ?! Vous avez rendez-vous ?
Et sa tante répondit avec un sourire fier:
-Mieux que ça, nous sommes attendus.
En poussant les immenses portes, un petit homme derrière son bureau sauta de sa chaise et vint saluer Nicholas:
-Bonjour bonhomme, comment vas-tu? Tu as bien grandi. Madame... , dit-il en tournant la tête rapidement vers Elyzabeth. Nicholas compris qu'ils se connaissaient et senti que quelque chose se tramait dans son dos.
-Je me présente, Juan Gonzalez, nous étions amis avec ton père à la Faculté. C'est pourquoi il m'a tout naturellement confié son testament. Comme tu le sais sûrement, nous sommes ici dans mon bureau et je suis Notaire, dit-il fièrement en écartant les bras comme pour que ses hôtes puissent constater toute sa réussite.
Après un rapide coup d'½il au diplôme encadré et accroché au dessus du bureau entre une partie de pêche avec de vieux inconnus et une photo de famille, Nicholas observait ce petit homme tiré à quatre épingles qui avait un air de Pacino dans le chef d'½uvre de Coppola avec son costume en satin et son foulard en soie. Un mec louche se dit Nicholas.
-Asseyez-vous, je vous en prie.
Il sorti d'une étagère une chemise pour en extraire un paquet de feuilles.
Tante Elizabeth tapota nerveusement la cuisse de Nicholas comme pour le stimuler mais celui-ci n'avait qu'une envie, en finir avec ce cirque.
-Nicholas... Voici le testament de tes parents. Je vais vous l'énoncer à haute voix, c'est un texte rédigé par ton père dans le cas où ta mère décèderait aussi. Tu deviens donc l'héritier direct et unique.
-Je peux le lire ? Demanda Nicholas pour abréger toutes ces manières. Le texte dactylographié datait de Septembre 2007. Un mois avant l'accident. Son père avait-il prévu la possibilité de mourir et de laisser son fils orphelin? Ou avait-il seulement fait une mise à jour de son testament? Plusieurs questions sans réponses vinrent à l'esprit de Nicholas. En lisant le texte, il se mit à penser qu'il allait pour une fois utiliser à bon escient son syndrome d'ataraxie. En comparant les chiffres annoncés de l'assurance vie, le nombre assez conséquent de compte en banque dans différent pays et l'envie de savoir évidente de sa tante, Nicholas compris rapidement pourquoi sa Tante tenait tant à le faire venir ici. Son impatience l'a trahie.
Sans même donner un signe de satisfaction ou de déception, il remit les feuilles signées au notaire et demanda à sa tante de partir. Sa tante surprise de la réaction de Nicholas ne voulait pas partir.
-C'est tout ? Nicholas attends, qu'est-ce qu'il se passe? Monsieur Gonzalez, je ne comprends pas, et le butin il n'existait donc pas ?
Monsieur Gonzalez ne répondit pas et raccompagna Nicholas à la porte. La Tante s'affala sur un fauteuil complètement dépitée. A voix basse Nicholas demanda à Gonzalez:
-Un million de Dollars?
-Oui... Ils sont à toi désormais. Mais ce n'est que le sommet de l'iceberg. Appelle-moi quand tu le souhaitera. Je suis désolé d'avoir plus ou moins mis ta tante au courant mais j'étais contraint de la contacter, elle était la dernière à pouvoir espérer toucher cet argent, après toi bien entendu.
-Elle est au courant de quoi?
-Elle ne sait pas grand chose si c'est ça que tu veux savoir. Dis-lui que c'était une erreur de ma part, je ne sais pas après tout ce que tu souhaites faire de tout cet argent mais elle le saura forcément.
-Non.